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Au programme: du sable et de la solidarité
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Voyage au Groenland en compagnie de Janot Lamberton Glacionaute
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Glacionaute. Le terme semble tout droit sorti d'un livre de science-fiction. Pourtant, Janot Lamberton est bien réel. Ce spéléologue de 63 ans doit cette vocation à son ami Haroun Tazieff, qui l'incite, il y a quinze ans, à aller voir sous la glace ce qui s'y passe. Janot ne se le fait pas dire deux fois, l'exploration, c'est sa vie. Il change de planète et parcourt désormais la calotte glaciaire du Groenland pour le plus grand bonheur des scientifiques. Et pour le sien, bien sûr. L'homme a soif de connaissances, il aime l'inconnu total. « C'est l'exploration qui me plaît, et je ne peux pas comprendre qu'on puisse explorer un monde sans le comprendre.» Depuis qu'il descend dans les moulins, ces gouffres intraglaciaires creusés par l'eau de fonte, il est devenu un « voyageur dans l'espace du temps ». La mémoire de la Terre est enfermée dans les strates de blanc et de bleu qui forment chaque année, depuis des millénaires, une nouvelle épaisseur. Glace magique qui pétille dans la main : l'air du XVIe siècle ou de la préhistoire, enfermé, se dégage. Enivrant. Il ne cesse de proclamer qu'un glacier, c'est vivant, « il bouge, il casse, il gronde ». A l'extérieur, un monde irréel balayé par des vents violents et des températures polaires. D'immenses champs de crevasses – illuminés certaines nuits d'aurores boréales – entourent les bédières, de fantastiques rivières dont l'érosion creuse des canyons spectaculaires qui disparaissent dans les moulins. C'est son paradis blanc. Lorsqu'il centre en France en 1989, à la suite de sa première expédition au Groenland, avec Jean-Marc Boivin, qui devait disparaître quelques mois plus tard, Janot Lamberton sait que sa vie est désormais là-bas.

Janot Lamberton aspire à s'installer définitivement au Groenland, pour retrouver ses cathédrales de cristal, nager avec les baleines, jouer avec les renards arctiques. (DR.)
« Nous étions ignorants, mais confiants l'un dans l'autre. Nous avancions dans des conditions extrêmes, évitant des chutes de blocs de glace de plusieurs tonnes, lors de la descente dans la première résurgence glaciaire dans de l'eau en surfusion. A la sortie, nous avons craqué, une sorte de dépression nerveuse. » En 1992, il découvre les fameux tardigrades, des animaux microscopiques, lyophilisés, congelés depuis plusieurs dizaines de milliers d'années dans la cryoconite. Et qui reviennent à la vie en quelques minutes dans de l'eau tiède. Humble, il ne renie rien de la spéléo, qui lui a tout apporté. Elle fut sa raison de vivre du temps où il faisait l'école buissonnière. Sauf, quand M. Paturel, son instituteur de la communale, l'entraînait là-haut sur les plateaux du Vercors, à la découverte d'un monde souterrain féerique. Le cancre se métamorphosait alors, devenait attentif, érudit, sportif, courageux. Faune, flore, géologie, tout le passionnait. L'univers de l'après-guerre est rude. En cherchant des grottes au trésor, il ne découvre que des cachettes d'armes et des visions d'horreur. Il bricole, trafique un peu, il faut du « matos » pour le club de spéléo. Janot ne trouve aucun intérêt dans les différents métiers qu'il exerce, il n'a qu'une envie, partir explorer « son » calcaire urgonien. Quand il revient, il voit toujours la maison où il est né. Le Vercors, il l'aime, c'est une école fantastique du prêt à partir. « J'ai tendance à le négliger, je me le reproche un peu, mais je reste vigilant pour éviter de grosses bêtises. » Dans sa maison de la Chapelle-en-Vercors, dont les murs sont décorés d'agrandissements photographiques de l'inlandsis, tout est rangé, presque vide, prêt au départ. Il reste le temps de trouver le financement de la prochaine expédition, car Janot Lamberton se targue de prendre totalement en charge les scientifiques qui l'accompagnent. Pourtant, les prémices d'un mal encore bénin causant des problèmes musculaires de stabilité le hantent depuis quelque temps. « Peut-être qu'un jour je ne pourrai plus revenir dans mon rêve blanc. Ça me perturbe, il n'y aura plus de Vercors, plus de calotte glacière, plus rien pour moi. C'est pour ça que je préfère partir le plus vite et le plus longtemps possible. Si je sentais que cela empirait, je ne reviendrais plus du tout en France. Tout simplement. » Il aspire à s'installer définitivement au Groenland, retrouver ses cathédrales de cristal, nager avec les baleines, jouer avec les renards arctiques. Surtout, ne lui dites pas qu'il est un aventurier. Trop galvaudé, trop péjoratif à son sens. Lui se considère comme « un parcoureur d'espace pensant ».