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AVENTURIERS> Steve FOSSETT

 

Le 3 septembre 2007, tous les journaux du monde, toutes les radios, toutes les chaînes de télévision annonçaient la même triste nouvelle: Steve Fossett avait disparu dans la journée lors d'un vol de reconnaissance au dessus du désert du Névada aux USA.

Il faudra attendre plus d'un an et entendre des hypothèses les plus saugrenues pour avoir la confirmation du crash de son avion à 3000 mètres d'altitude sur le flanc d'une montagne proche de Mammoth Lakes. Le 1er octobre 2008, les recherches ADN confirment rapidement son décès à l'âge de 63 ans.

 

Daniel Duhand, Directeur d'Aventures-Extrêmes Magazine, lors d'une interview avec Steve Fossett, chez lui, en Californie en 2004
(photo Thomas Haley)

 

 

STEVE FOSSETT

RENCONTRE AVEC UN MILLIARDAIRE FELE

 

 

 

« Dansquelques jours, je vais voler en planeur dans la stratosphère au-dessus de la Nouvelle-Zélande, à plus de 18 000 mètres d’altitude», annonce Steve Fossett d’un air réjouit. Le milliardaire Américain ne doute de rien. Il peut se le permettre, Il vient de battre d’une bonne semaine Olivier de Kersauson, dans le tour du monde à la voile àbord de son trimaran Cheyenne. Avec sa victoire en 58 jours, 9 heures, 32 minutes et 45 secondes, il met un terme à ses aventures maritimes pensant qu’il a tout gagner dans ce domaine. Le bateau était mis en vente dès le lendemain (2,5 millions d’euros) et le voilà de nouveau au bout du monde prêt à prendre un nouveau départ, à relever un nouveau défi, pulvériser le record d'altitude en planeur. « J’ai déjà fais trois tentatives avec un planeur biplace en compagnie d’Einar Enevoldson, un ancien pilote d’essai de la NASA. Nous utilisons seulement la force des jet-streams, des vents à hautes altitudes qui peuvent dépasser les 400km/h, et plus particulièrement du vortex polaire qui souffle depuis l’Antarctique », poursuit-il.


Arrivés le matin même en Californie, l’aventurier milliardaire nous reçoit dans sa maison de Carmel, au bord de l’océan Pacifique, là même où fut tourné Basic Instinct avec Michael Douglas et Sharon Stone. La maison est immense à la dimension du rêve américain, sur laquelle règne Peggy, son épouse. Elle nous demande gentiment de ménager ses parquets en bois exotiques, en nous propose des petits chaussons de feutre. Steve Fossett lui, nous accueille en chaussettes. Le couple vit ici la moitié de l’année, partageant le reste du temps entre son chalet de Beaver Creek, dans le Colorado et le bureau de Chicago. Depuis le film, Madame Fossett, a transformé la décoration et actuellement des ouvriers installent une terrasse face à l’océan. Pourtant rien ne rappel les exploits du héros des lieux, sinon une photographie du Terra Nova, le bateau de l’expédition de Robert Falcon Scott au pôle Sud en 1910, sur un mur de son bureau. « Mes projets n’iraient pas avec la décoration », murmure malicieusement Steve qui vient de fêter ses 60 ans en courant avec ses amis le marathon de Big Sur.

 

Confortablement installé dans la bibliothèque, il nous présente son univers. Une collection unique de livres d’aventure et d’exploration, dont la plupart sont des premières éditions. Joyau de cette collection, l’ouvrage de Sir Ernest Shackleton : Aurora Australis. Le premier livre jamais écrit, imprimé et relié avec des morceaux de Venesta (un précurseur du contre-plaqué) à une vingtaine d’exemplaires durant l’expédition 1907-1909 en Antarctique. « Je suis fasciné par les explorateurs du 19e siècle, surtout par les polaires comme Shackleton », précise l’aventurier, « mais je pense qu’aujourd’hui, il ne manque pas de matière sur laquelle on peut s’aventurer. Ce qui m’intéresse, c’est qu'on peut faire ces choses plus rapidement qu’autrefois ». Ses premières expériences, il les fait à 11 ans chez les scouts où il gravit ses premiers sommets. Puis, il pratique les sports d’endurance, grimpe le Cervin et le Mont Blanc, gravit l’Eiger et le McKinley, réussit les Seven Summits, les sommets les plus hauts de chaque continent, mais échoue sur l’Everest, deux fois. En 1978, il court le marathon de Boston et bien d’autres encore et à 41 ans, traverse la Manche à la nage en 22 heures.

 

 

« J’ai toujours voulu donner un sens à ma vie. En sortant de l'université Stanford, mon premier job fut dans l’informatique. Je l’ai rapidement quitté pour la bourse où j’ai monté une affaire », précise le businessman, « j’ai choisi cette activité parce que c’était le meilleur moyen de gagner de l’argent très vite ». Et beaucoup ! On murmure qu’il pèse actuellement plusieurs centaines de millions de dollars. Fortune faite, il s’octroie six semaines de vacances par an pour monter des expéditions de haute montagne. Dans les années quatre-vingt-dix, il prend, sans en parler à son épouse, une décision capitale. Il ne veut plus seulement gagner de l’argent. Il inverse ses priorités en donnant au sport et à ses expéditions la majorité de son temps. « Cette idée ne datait pas de ma jeunesse, elle a évolué au fur et à mesure que je faisais du sport pour s’imposer comme ma raison d’être, mon choix de vie ». L’homme d’affaires Steve Fossett devient l’aventurier Steve Fossett. Dès lors, ses projets prennent de l’ampleur. « J’ai commencé à battre des records. Être le seul au monde à pouvoir réaliser quelque chose est un instant fort, chargé d’émotion », avoue-t-il.

 

Venu à la compétition sur le tard, l'ex-roi de la finance se lève toujours aux aurores et entretient obstinément une forme de marathonien. Il lui faut un physique et un mental à toutes épreuves pour se lancer dans ses innombrables défis. Steve se classe quarante-septième de l’Iditarod, en Alaska, la plus difficile de toutes les compétitions de chiens de traîneau par des températures de –40°C, après 2000 km de course en quinze jours. Dans la foulée, il rachète le trimaran Pierre-1er à Florence Arthaud et le rebaptise Lakota. Il prend le départ de la Route du Rhum en 1994 et termine à la cinquième place, un exploit pour un néophyte. Une vingtaine de records pleuvent, dont celui de la traversée de l’Atlantique en 4 jours 17 heures 28 minutes. Il participe deux fois au 24 heures du Mans et au Paris-Dakar comme pilote. Pendant sept années, tentative sur tentative, il s'efforce d' accomplir le tour du globe en ballon. « J’étais le premier sur les rangs, Richard Branson ( l'ex-patron de Virgin)et Bertrand Piccard sont arrivés après, » proclame l’aérostier, « Il fallait aller vite, la pression montait, j’ai choisi une nacelle non pressurisée, plus par esprit d’aventure que par économie. Mon expérience de la haute altitude en montagne me donnait, sur le plan physique, un avantage qui me permettait de croire en ma réussite ». En 1998, le gentleman frôle la catastrophe lors de sa quatrième tentative. Anéantit par un orage de grêle son ballon chute de 9000 mètres dans les eaux du Pacifique. Souriant, il nous raconte sa descente aux enfers : « Les huit minutes les plus longues de ma vie. Je ne croyais pas qu’il puisse être possible de survivre à une telle dégringolade. Une fois l’enveloppe déchirée, je pensais garder suffisamment de portance pour amortir la chute, mais je filais de plus en plus vite. Malgré mon parachute, il n’était pas question de sauter dans une mer infectée de requins, là aucune chance de m’en sortir. Trente secondes avant l’amerrissage, j’essayais encore d’améliorer la situation en me délestant des réservoirs de fuel. » Le choc est dur, certains le disent casse-cou, amateur de sensations fortes. Il n’en est rien, Steve dément vigoureusement et analyse l’incident en professionnel qui l’incite à mieux planifier ses projets pour éviter au maximum les risques d’accident. Avec le recul sur l’événement, il commente : « Pendant deux semaines qui ont suivi l’accident, j’ai eu un période où je me suis remis en question. Finalement comme c’était très important pour moi de continuer, j’ai remis ça. » Tenace le bonhomme, qui pense que la complexité de ses projets l’oblige d’abord à l’échec puis à une multitude de tentatives, à l’amélioration et enfin à aller jusqu’au bout. « Je veux toujours maintenir le contrôle, rien ne doit être laissé au hasard, nous sommes dans l’extrême». Donc, Steve, poursuit sa quête du « Graal » et le 2 juillet 2002 à bord de sa Rozière, Spirit of Freedom, il boucle le tour de la planète en solitaire.

 

« Le tour du monde en ballon était le plus dangereux de tous mes projets et ma femme fut très contente lorsque ce fut terminé », commente-t-il, « Chacun de mes projets est un choix où je trouve un intérêt personnel. Il n’y a ni calcul ni business, je cherche le plaisir. J’ai réalisé la plupart de mes désirs comme de conduire une voiture de course aux 24h du Mans ».

 

Humble, il se désintéresse de la couverture médiatique qu’il peut obtenir. Il y a trois ans, il vend ses sociétés, tout en restant inscrit au marché new-yorkais, et, se consacre à plein temps à l’aventure. Malgré sa fortune, ses projets coûtent cher et, comme ses petits camarades il est obligé de trouver des sponsors, bien heureux de s’associer avec un personnage qui pulvérise autant de records du monde. A propos Steve, combien de records à ton actif ? Il rit. « Je ne sais pas exactement. Ce qui m’intéresse, c’est de les accomplir ! ». Certainement plus d’une soixantaine. Dans sa quête effrénée, Steve Fossett fait, aussi, œuvre de pionnier en faisant construire de nouvelles machines pour réaliser ses exploits. Pour la fin de l’année, une fois de plus, il a choisi d’effectuer un tour du monde. Il se donne soixante-dix heures pour partir du Kansas vers l’Est, seul à bord d’un avion monomoteur, sans escale, sans ravitaillement et revenir au même endroit. Un pari technologique baptisé : Virgin GlobalFlyer Atlantic qui a demandé plusieurs années de développement. Steve Fossett estime qu’il a encore pour dix ou vingt ans de projets devant lui, qui évolueront en fonction de son âge et de son état physique. Le temps de procéder à une belle moisson de records. « Chez les scouts, on gagne des badges de mérite, c’est une chose qui m’est resté », se souvient l’aventurier.

 

 


Biographie express

1944 Naissance à Jackson, Tennessee

1955 Scout

1968 Diplôme Stanford

1968 Mariage avec Peggy Viehland

1978 Marathon de Boston

1980 Création de Lakota société de bourse

1980-1986 ascension du Kilimandjaro, Aconcagua, McKinley, Everest

1985 traversée de la manche

1992 Iditarod

1993 Le choix de l’aventure

1994 Route du Rhum

1995 Traversée du Pacifique solo en ballon

1996 Ironman Triatlon (Hawaî)

1996 24h du Mans

2001 Traversée de l’Atlantique à la voile

2002 Tour du monde solo en ballon

2004 Tour du monde à la voile

2005 Tour du monde en solitaire en avion sans escale

2006 Record du monde de longueur de vol avec 42450 kilomètres

2006 Record du monde d'altitude en planeur à 15447 mètres

2007 Décès le 3 septembre aux commandes de son avion

 

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